Je me soumets. Je sens bien que j’ai été lâche, que je n’ai pas subi l’épreuve. Le compagnon me méprise. Ce sera tout à l’heure, de nouveau, la vie empoisonnée : une punition, de mauvaises notes — pis encore peut-être !
Lortal m’a fait la courte échelle. Nous avons glissé à travers le verger. Voici la terrasse. Personne. Silence. Une pluie fine commence.
Une ombre s’est dressée.
— Où allez-vous ? D’où venez-vous ?
J’ai reconnu la voix de l’abbé Fourmeliès. Ma gorge se serre.
— Suivez-moi, dit sèchement le Supérieur.
Il nous précède par les corridors vaguement éclairés.
L’abbé Poncebique nous croise encore et considère, effaré, notre accoutrement. De la boue jusqu’aux genoux.
La porte du cabinet s’ouvre. Sur la table de travail, polie comme un miroir, une lampe arrondit son cône d’or. La pièce est plongée dans une pénombre où luisent les fers d’anciennes reliures, l’ivoire d’un Christ au mur. Des braises croulent dans la cheminée.
Le Supérieur nous fait face. Nous sommes debout, immobiles. Lortal lui-même baisse les yeux. Je songe à cette demeure à la taie rouge.