— Qu’avez-vous fait ? demande Fourmeliès. On m’a signalé votre absence. L’abbé Testard s’était déjà plaint de vous. Et vous commettez une nouvelle faute, et une faute très grave. J’entends tirer tout cela au clair. D’autant que vous, Demurs, avez toujours été un excellent élève et que j’ai toujours eu confiance dans votre bon sens. Lortal, vous avez commis une grave infraction à la discipline. Je tiens à vous écouter.
— Je voudrais vous parler à vous seul, monsieur le Supérieur, répond Lortal.
— Bien. Demurs, vous m’attendrez ici.
Il ouvre une porte cachée par une portière de tapisserie et je me trouve dans une cellule de moine, murs blanchis, un lit de sangle, un crucifix, deux rameaux de buis entrelacés. C’est la chambre à coucher de Fourmeliès.
Je suis tombé à genoux, brisé de fatigue et d’émotion, le front contre ce lit étroit et dur, fait d’une planche. Ne serait-ce pas sur une couche semblable que l’on fait les plus beaux rêves ?
La portière se soulève.
Lortal n’est plus là. Le Supérieur est assis à côté de la cheminée, les mains sur ses genoux, le buste droit. Son regard, si aigu derrière les besicles, ne quitte pas mon visage.
— Voulez-vous m’expliquer cette escapade insensée ? Cette fugue à deux, sans rime ni raison ? Vous savez ce que vous risquez : l’expulsion de Saint-Julien. Ni plus ni moins. Je vous écoute.
Un sanglot m’arrête.
Des larmes coulent de mes yeux. Je balbutie :