— Je ne sais pas… On est parti, comme ça, pour rien !

Le Supérieur demeure impassible.

— Vous avez beaucoup changé. Vos maîtres se plaignent de vous. Votre amitié pour Lortal est beaucoup trop exclusive. L’abbé Testard vous a averti plusieurs fois. C’est trop ! Vous êtes orgueilleux. Vous avez osé traiter avec mépris ce maître dévoué. Maintenant c’est moi qui parle. Il faudra vous soumettre.

— Je ne peux pas…

— Vous ne pouvez pas ?

L’abbé Fourmeliès se dresse. A travers mes cils embués de larmes, il me paraît gigantesque.

— On peut tout, vous m’entendez, tout ce qu’on veut. On se brise, on se déchire, mais on peut.

— Pardonnez-moi… Mais Lortal est mon ami, mon meilleur ami. Je donnerais ma vie pour lui. Quel mal y a-t-il à cela ?

— Le mal qui s’attache à toutes les affections désordonnées, aussi pures qu’elles soient en apparence.

— Ce n’est pas possible, monsieur le Supérieur. Il n’y a pas de mal dans l’amitié. Ici on ne voit que le mal, le mal partout. Mais alors la vie elle-même, c’est le mal.