— Sa mère est auprès de lui ? demandai-je.

— Certes. Mais cet enfant vous réclame sans cesse. Il délire. Votre nom ne quitte pas ses lèvres. Sa mère en éprouve quelque peine, car elle voit bien que sa présence ne suffit pas à le calmer.

L’abbé Fourmeliès me regardait, relevant la tête. Le cône d’or de la lampe n’éclairait plus qu’une longue main sèche où des veines se nouaient, verdâtres.

Je ne savais que dire.

— Charles Jouvelin, reprit le Supérieur, semble vous porter une grande affection.

— Je crois, murmurai-je, qu’il est fort malheureux au collège.

— Je ne doute pas, continua le Supérieur sans m’entendre, je ne doute pas que vous n’ayez été pour lui de bon conseil. Il faut maintenant aller le voir. Il vous appelle ; il vous attend ; il nous en voudrait à tous, et peut-être même à sa mère, s’il ne vous voyait à son chevet. Il y a quelque chose de bien étrange dans cette petite âme, ajouta le prêtre sur un ton de confidence qui me flatta et m’émut. Nous approfondirons cela une autre fois. Pour le moment, l’essentiel est de le soulager. Allez, mon enfant. La sœur infirmière vous conduira.

A pas feutrés sur le linoléum du couloir, la sœur me mena jusqu’à la chambrette d’isolement. Une lampe voilée mêlait sa lueur à celle d’un feu de bûches et dans la pénombre des murs, des rideaux et des draps — un remous de grisaille — un mince visage enflammé, deux yeux éclatants de fièvre.

— Le voilà !

C’est une voix rauque, inconnue. Encore une voix d’enfant, mais éraillée, vieillie.