— Dites-moi bien la vérité, je vous en prie…
Milondré la rassure de sa voix coupante, métallique. Même en parlant à une mère, il ne perd pas cet accent de cynisme qui pue la charogne et la salle de garde. Nourmahal est humble et douce ; elle pose sa main sur le bras du bellâtre.
— Pourquoi n’es-tu pas venu plus tôt ? dit la voix rauque.
Je me penche sur le lit. Le visage de Charles brûle.
— Mais je ne savais rien. Depuis quand es-tu malade ?
— Trois jours. On a cru que j’allais mourir. Je vais peut-être mourir encore maintenant. Mais toi, tu ne savais rien. On ne t’avait rien dit.
— Rien… Sans cela…
— Pourtant je ne voulais pas mourir sans t’avoir vu.
Sur ma main se crispe une petite main, si chaude.
— Je t’ai appelé, appelé. Je savais bien qu’on ne voulait pas te laisser venir. Le docteur disait : « C’est un enfantillage !… » Maman ne disait pas non. Mais au fond elle était pour le docteur…