— Merci, me dit-il brusquement. J’aurai une sortie grâce à toi !
Je ne répondis pas.
— Tu m’en veux !
Il me prit la main et attachant sur moi son regard clair :
— Je te demande pardon !
Depuis ce jour, mes malheurs cessèrent. J’eus de nouveaux amis : Toupine, Lupé, Prélussin. J’abandonnai Regol. Ma lâcheté lui fut indifférente. Moi, je ne me la suis jamais pardonnée. L’année suivante, peu de temps avant les vacances de Pâques, Regol est mort d’une méningite. Sa mère est venue chercher le cadavre. Je la rencontrai dans le couloir de l’infirmerie. C’était une dame au visage anguleux et jaune, sous une capote noire, et ses yeux étaient si secs que je plaignais moins le paria d’avoir quitté une pareille maman.
Et voici Toupine !
Toupine est un paysan. C’est le fils d’un meunier. Il est grand, un peu voûté ; son visage est couleur de farine. Il marche les bras ballants et semble toujours porter un sac. Hérédité ! Toupine coupe son pain en petits carrés réguliers qu’il mange à la pointe de son couteau.
— Et ton moulin ? Toupine.
— Il tourne.