Miromps me prend par le bras.

— Aimez-vous les médailles ? J’en ai une assez belle collection.

Il m’entraîne dans son cabinet dont il me fait les honneurs avec une sobriété et une modestie parfaites. Pendant le déjeuner, je l’ai observé. Ses yeux ont, tour à tour, une clarté dure, sauvage ou triste. Quelle ombre s’étend derrière lui ?

Maintenant que la maison s’est vidée d’étrangers, il semble qu’un jeu de scène inquiétant se prépare. Je devine derrière ces trois personnages courtois, mondains, trois protagonistes d’une tragédie domestique dont le dénouement mûrit avec lenteur dans cet hôtel masqué d’un prestige suranné. Les acteurs se meuvent sur une scène brillante, mais le vrai drame se joue dans un arrière-plan obscur. Les êtres réels, vivants, sont cachés. Ils vont surgir. Je verrai le vrai Miromps, le vrai Lortal, la vraie Mathilde.

Et cependant que Césaire-Auguste Miromps de Rochebuque me montre sur quelque disque de métal l’effigie de Ptolémée Évergète ou de Dioclétien, je fais cette découverte que chaque être ne nous offre de lui, tel l’imperator de bronze, qu’un côté de son visage, souriant ou grave, et que l’autre demeure tourné vers la nuit.

Dans le jardin, sur le seuil du pavillon, nous trouvons Lortal et Mathilde. Lortal a conservé dans sa main la main de la jeune femme.

— J’exposais à Jacques, dit Mathilde, mes projets sur le pavillon. Je voudrais le transformer en un véritable atelier.

— Il me semble, répond Miromps, que vous aurez une mauvaise lumière. Il vaut mieux le jeter à bas et construire autre chose.

— Ton mari ne juge pas cette bicoque digne d’un Roquebuque, réplique insolemment Lortal. Ce pavillon était joli. Mais son maître connaît mieux le Gotha que l’architecture.

Les yeux de Miromps luisent de cet éclat bref que j’ai noté à table, lorsque la discussion s’animait.