Me voici sur l’estrade. Va-t-on me mettre cette couronne de papier sur la tête ? Non. C’est Miromps lui-même qui me tend mes prix et mon laurier que je dissimule de mon mieux. Il se contente de me serrer la main. Je lui suis plus reconnaissant de ce geste que s’il m’avait sauvé la vie. Doublemaze, aimable, sourit. Mais mon calvaire n’est point terminé. Il me faut rejoindre ma place, à travers cette foule qui bat des mains, lorgne, chuchote. Je suis rouge, confus. J’ai peur de m’étaler avec mes trophées. Mon regard rencontre celui de Nourmahal qui m’applaudit, les mains très hautes. Enfin je m’assieds à côté de Lortal que je devine ironique et qui est heureux de n’avoir pas bougé.
La cérémonie se termine sur un choral dirigé par l’abbé Poncebique. La salle se vide. Dehors, le soleil de juillet fait étinceler les boutons d’uniforme, flamboyer le sable des allées. Des robes blanches éblouissent sur l’écran sombre des charmilles. Le chanoine Doublemaze est très entouré : des conseillers municipaux, un Monsieur décoré à barbiche blanche, et jusqu’à Mlle Dubois de Louvrezac, en soie noire, qui boit les paroles tombant de la bouche sensuelle du grand vicaire. Ferait-elle aussi de la politique ? Mathilde n’est pas venue. Lortal, qui a bien de la chance de n’être pas encombré de prix, circule avec aisance parmi les groupes. Il a déjà déposé sa casquette d’uniforme et, vêtu de gris, en chapeau de paille, il m’apparaît un homme svelte, sûr de sa force. La courtoisie affectueuse avec laquelle il aborde M. Miromps ne laisse pas de me surprendre.
Un grand chapeau de paille, noué de brides de velours noir, auréole le visage de Nourmahal. Elle s’avance, la main tendue. Je ne sais que devenir, les bras empêtrés de ces odieux prix.
— Grand succès sur toute la ligne, me dit-elle, je sais tout. J’en suis très heureuse. Charles aussi. Mais où est ce vilain garçon ? Il a bien besoin de ses vacances, vous savez ! Une bonne nouvelle. Je vais aller quelque temps dans votre pays et votre mère m’a demandé de faire un crochet jusque chez vous. Vos parents ont une ravissante propriété, paraît-il ?
— Non, vraiment ! vous viendrez aux Gaulies ?
C’est comme si j’avais reçu un coup dans la poitrine.
Mais elle, satisfaite de son effet, les yeux vagues, la bouche arrondie dans une moue indécise :
— Je ne suis pas encore bien sûre… Mais en somme, il n’y a rien d’impossible…
Et tournant vers moi ses yeux changeants :
— Cela vous ferait plaisir ?