Il hachait chaque phrase d’un ricanement bizarre, énervant à la longue.

— Et vous connaissez Sampietri, Antonio Sampietri.

— Pas personnellement, — répondit Carvès, mais j’ai entendu parler de lui.

— Ah ! ah ! pas très favorablement, sans doute. Si ! ah ! ah ! Un fameux gaillard que Sampietri. Débarqué en sabots, vous savez, ou même pieds nus, je ne sais plus, ah ! ah ! et il avait caché sa femme dans une malle pour qu’elle n’eût pas à payer son passage. Lui, lavait la vaisselle à bord du paquebot. Quel couple ! ah ! ah ! mais il a fait son chemin, le père Sampietri !

— C’est, je crois, une des puissances de Puerto-Leon ? — interrogea Carvès.

— Une puissance ! comme vous dites cela ! hum !

Et le petit vieillard haussait les épaules.

— Une puissance ! C’est vite dit. Il a fait quelques bonnes affaires, ah ! ah ! des bonnes et des mauvaises ! Mais c’est un gaillard, je vous dis, un gaillard avec qui il faut compter, ah ! ah ! et pas tendre pour les nouveaux venus.

Il clignait de l’œil malicieusement en me regardant et ricanait, ricanait ! A gifler, quoi !

Carvès gardait un sang-froid souriant.