Et il s’assit près de moi, passant son bras autour de mon cou, comme autrefois, comme aux jours heureux de la Pimousserie.
— Enfant ! Qu’est-ce que cela ! une mauvaise chambre, un mauvais lit ! Cela suffit à te désespérer. Serais-tu lâche ?
Il fixait sur moi son regard dur.
Je me cabrai.
— Lâche ! moi !
Carvès sourit.
— C’est bien. Allons déjeuner ! Puis nous ferons un tour de ville. La douane à régler ! Nous en profiterons pour visiter Sampietri. Prise de contact. Je suis pour les situations nettes. Il me tarde de savoir ce que ce vieux forban a dans le ventre et si ce sera la paix ou la guerre entre nous. Je ne le crois pas commode, mais il ne faut pas se fier aux racontars de l’hidalgo.
Nous absorbâmes un exécrable repas, assaisonné de piments rouges plus ardents que le feu de l’enfer et n’ayant pour nous désaltérer qu’une eau tiède et qu’un vin frelaté, pompeusement intitulé « Bordeaux » ; nos palais de Périgourdins en furent déchirés.
— Eh pien ! gomment trouvez-vous mon gef ? — interrogea M. Breitkopf, une serviette sous le bras, la face épanouie, et qui se penchait vers nous.
— Bon à pendre ! — répondit Carvès, — ou à être mangé à sa propre sauce !