Le silence régnait sur les magasins et les entrepôts de don Antonio Sampietri. Nous en fîmes le tour et personne ne prit garde à notre présence. Sur le seuil d’un hangar de bois et de tôle, qui portait l’inscription « Saloon », une vieille négresse à madras bigarré, parut quelques instants, et sans doute, ne nous jugeant pas des clients possibles, rentra dans l’ombre. Une pancarte se balançait à la porte : « Ici, on achète la poudre d’or. » Un rail rouillé partait de l’entrepôt et se dirigeait vers le wharf dont on apercevait d’ici la sombre armature. Un wagonnet abandonné servait de volière à quelques poules. Tout autour de nous semblait endormi ou délaissé. Carvès passa la tête par une fenêtre du magasin.
— Ça sent le moisi, — dit-il.
Il sortait de cette salle sombre, encombrée de caisses non déclouées, de sacs pleins et vides, jetés pêle-mêle sur le sol, de ferrailles, de débris de vaisselle, une âcre odeur de décomposition.
— Allons, — dit Carvès.
Nous sonnâmes à l’habitation. Une cloche au son aigu retentit à l’intérieur. Notre attente dura quelques minutes. Carvès s’impatientait.
— Mais c’est la maison des morts ?
Un judas s’ouvrit dans la porte avec un claquement sec. Deux yeux blancs nous dévisagèrent. Puis le judas se referma. Au bout de quelques instants, la porte entre-bâillée, nous fûmes introduits dans un patio modeste. Quelques plantes fripées s’étiolaient dans des jarres de terre. Un chien, couché sur le carreau, bâillait.
— Don Antonio ? — demanda Carvès.
La mulâtresse s’inclina sans répondre et nous laissa seuls.
Sans que nous l’ayons entendu s’approcher, un homme était devant nous.