— C’est sans doute la raison pour laquelle nous venons à sa place, — repartit Carvès sans se déconcerter.
— Cacao, coton, gomme, balata ? Que cherchez-vous ?
— Tout, — dit Carvès.
— Hum ! Vous ne trouverez rien ! Nous sommes ici en un pays perdu. Les grands paquebots ne s’arrêtent pas à Puerto-Leon. A supposer que vous trouviez des marchandises, vous n’aurez pas de moyens de transport. Ce pays vit — ou plutôt meurt — sur une légende. C’est une terre maudite. Tous ceux qui sont venus tenter la fortune ont succombé.
— Pas vous, don Antonio ? — objecta Carvès.
— Pas moi, pas moi. Et qu’en savez-vous ? — repartit aigrement le Corse. — Que savez-vous de ma fortune ? Que savez-vous de mes affaires ?
— Rien, évidemment.
— Ce pays, — continua don Antonio, — est ruiné par la politique. Rien de durable n’y est possible. Les généraux s’arrachent le pouvoir ; à chaque révolution, ce sont des séquestres, des emprisonnements, la ruine de plusieurs familles. Il n’y a que les prisons qui soient florissantes. Et croyez-vous qu’il soit facile de faire une fortune dans des conditions pareilles ?
— Don Juan Manera n’est pas plus sévère !
— Ah ! vous connaissez don Juan ? — fit le Corse intéressé tout d’un coup. — Il vous a parlé de moi ?