Puis, sans attendre la réponse :

— Ecoutez ! tout ce que je puis faire pour vous, c’est de vous donner un bon conseil. Dans quinze jours, passera ici le paquebot hollandais. D’ici là prenez chacun une bonne dose d’opium ! Et puis rentrez chez vous. Croyez-moi, c’est ce que vous avez de mieux à faire.

— Merci pour l’avis, don Antonio, — fit en plaisantant Carvès. — Mais avant de vous quitter, n’aurons-nous pas le plaisir de faire la connaissance de votre fils, Miguel ?

— Miguel n’est pas là, — répondit brusquement le Corse, — Miguel est en voyage. Il ne reviendra pas avant longtemps. Je suis seul, je ne suis plus qu’un pauvre vieillard…

Et tout en nous reconduisant, il répétait d’une voix sourde, saccadée :

— Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Cette terre porte malheur. Croyez-moi ! Mieux vaut partir.

— Vieux filou ! — grognait Carvès. — Ce serait trop simple !

Le soir venu, comme nous achevions le dîner de M. Breitkopf, Carvès me dit :

— File de ton côté, va prendre l’air sur le port. Tu en as besoin. Pour moi, je pars en chasse. Tu parles trop mal l’espagnol. J’espère que quelques whiskys bien distribués m’en apprendront davantage que la conversation de ce vieux Corse rapiat.

Je n’étais pas fâché de me trouver seul, à la fin de cette première journée de notre nouvelle existence, et je n’étais pas non plus très pressé de retrouver ma chambre de l’hôtel Victoria.