« L’homme éleva son verre et me dit dans le plus pur castillan :

«  — Excellence ! je bois à votre santé !

« Je portai la sienne en espagnol.

«  — D’après votre accent, — me dit-il alors en français, — je vois que nous sommes compatriotes.

«  — Cela ne m’étonne pas, — répondis-je. — Depuis quelques minutes, je me demande où je vous ai rencontré.

«  — Je m’appelle Barju, — dit-il, — et j’étais, il n’y a pas bien longtemps encore, encaisseur à la Banque Osmond, Richard et Compagnie, à Paris, rue Saint-Lazare.

« Mon imagination le revêtit aussitôt d’un habit bleu à plaque, et boutons de métal, lui passa autour du col une sacoche de cuir et le coiffa d’un bicorne. Et je revis Barju sonnant à ma porte : « Effets à recouvrer, monsieur. »

« Je passe sur les détails chaleureux de notre reconnaissance. J’exposai à Barju les raisons commerciales de mon séjour à Puerto-Leon. Barju parut dégoûté.

«  — Mauvaise idée, monsieur, très mauvaise idée. Il n’y a pas de commerce possible dans ce sacré pays de bandits, de voleurs, d’assassins.

«  — Diable ! Diable ! vous me tenez le même langage que ce vieux sacripant de Sampietri. Auriez-vous les mêmes raisons ? Craignez-vous la concurrence ?