— Quel coup de réclame ! — riait Carvès.

M. Breitkopf nous offrit une tisane fantastique décorée du nom de champagne « véritable sekt, messieurs », et but à la santé de l’Eldorado.

Tout nous souriait.

« Grâce à Letchy », pensai-je.

Mais je ne voulais pas mécontenter Carvès. Je ne lui avais pas raconté l’histoire de la cigarette allumée à son billet. Il eût été furieux !

Mon ami était maintenant l’homme le plus populaire de Puerto-Leon.

IX
LE FEU AUX POUDRES

Le Cirque Wang avait de nouveau dressé ses tentes sur la place de la Liberté. En dépit de l’atmosphère orageuse qui pesait sur la ville, Puerto-Leon s’apprêtait en foule à courir au gala.

Les feux du port n’étaient pas encore allumés que déjà la parade éclatait, sonore de cuivres, éblouissante d’acétylène, refoulant les ombres de la nuit sous les arcades, broyant le silence des rues désertes. L’appel de la fête faisait s’entr’ouvrir les portes verrouillées, apparaître une mantille derrière les grillages. Des robes furtives glissaient le long des murs ; des galopades d’enfants criards soulevaient la poussière et bientôt une foule dense se pressa au pied des tréteaux embrasés d’une incandescence violâtre. Telle une chevelure d’archange, flambait la perruque de M. Peter Boom et sur sa poitrine étincelaient les signes du zodiaque. Sous la badine de M. van Sleep, en élégant habit noir, les kangourous exécutaient un assaut de boxe, et miss Carolina, en maillot cramoisi, tenant à la main une cravache au pommeau enrichi de diamants, présentait, la main haute au chanfrein, sa jument dont la croupe était caparaçonnée de velours.

A la file, sous l’œil froid de M. Wang, le peuple de Puerto-Leon pénétra dans l’arène et s’entassa sur les gradins : métis et noirs aux larges chapeaux de paille, quelques-uns portant un ara ou un perroquet sur l’épaule ; Chinois en braies de soie ; Indiens, coolies hindous.