Il existe une différence bien remarquable entre les Françaises et les Anglaises. À la promenade des Tuileries, à dix pas, toutes les femmes paraissent charmantes; leurs grâces, leur tournure, leur mise, l'éclat de leurs yeux, les font paraître parfaitement jolies à distance; en s'approchant ce n'est plus la même chose: sur dix souvent il n'y en a pas une de véritablement jolie.

À Kensington-Garden, au contraire, à dix pas il n'y a pas une femme de jolie, l'ensemble est sans grâces, la toilette de mauvais goût; mais arrive-t-on jusqu'à elles on est étonné du charme de leur figure, de la délicatesse de leurs traits, mais surtout, de la transparence de leur peau, qui paraît encore plus belle au jour qu'aux lumières. Les enfans y sont plus beaux que dans aucun autre pays. Il est vrai de dire qu'il n'y en a pas où l'on s'en occupe autant; je ne sais quel auteur a dit que les Anglaises ressemblaient aux animaux qui n'aiment leurs petits qu'autant qu'ils ont besoin d'eux, et qui les méconnaissent dès qu'ils peuvent se passer de leurs soins. Sans accorder tout-à-fait la justesse de cette opinion, elle renferme bien pourtant quelque chose de vrai. J'ai vu un grand nombre de veuves anglaises se remarier, oubliant tout-à-fait les intérêts de leurs enfans; en France ces exemples sont bien plus rares.

Il est assez commun en Angleterre de voir de jeunes demoiselles aller passer plusieurs mois en visite chez des amies, et leur mère ne s'en inquiéter nullement. C'est surtout parmi les hommes que je n'ai pas trouvé cette confiance, cette intimité qui règne souvent entre un père et ses fils; en Angleterre, une fois que ces derniers ont passé l'enfance, et qu'ils atteignent la jeunesse, ils sont très-respectueux, mais très-froids pour leurs parens; enfin je ne sais pourquoi, en voyageant dans ce pays, je me suis rappelé cette horrible explication de l'amour des grands-pères pour leurs petits-enfans qui a été donnée par le poëte Shandy, qui prétend que les pères ne voient dans leurs enfans que des héritiers avides, et que c'est à cette cause qu'on doit attribuer l'amour extrême de l'aïeul pour ses petits-fils, parce qu'il les regarde comme les ennemis de ses ennemis. S'il y a un pays au monde où une pareille opinion ait pu prendre naissance, ce doit être en Angleterre, quoiqu'en général je pense qu'en tous pays l'enfance est l'époque de la vie qui inspire aux parens l'attachement le plus vif.

Si on voulait en analyser la cause, peut-être la trouverait-on dans l'empire absolu qu'ils exercent alors sur leurs enfans; cet empire les identifiant en quelque sorte avec eux-mêmes, leur inspire une sorte d'intérêt pour toutes leurs actions, qui se perd lorsque ces enfans, devenus libres de leurs pensées, de leur conduite, ne doivent plus leurs succès qu'à eux-mêmes.

Serait-il donc vrai qu'il n'est pas un seul des sentimens qui font le charme de notre existence qui soit tout-à-fait exempt d'égoïsme?...

D'autres causes peuvent aussi déterminer la préférence accordée à l'enfance.

Le bonheur qu'on attend de ses enfans étant alors en espérance, il est entouré de toutes les illusions qui suivent cette puissance décevante, on jouit de ce qu'on a et de ce qu'on espère; mais quand les enfans s'élancent dans la vie, où ils vont exister pour d'autres que ceux qui les ont élevés, toutes ces illusions se perdent successivement, et le sentiment qui attache les parens à leurs enfans n'est plus qu'une affection raisonnable.

N'ayant jamais eu d'enfans, mon opinion, à cet égard, n'est que le fruit de mes observations, et non de mon expérience personnelle; aussi je suis bien loin de la donner comme autorité.

En arrivant à Londres, je fus frappée de la construction des maisons: toutes ces petites portes me faisaient demander où étaient les maisons des grands seigneurs; ne voyant partout que des habitations pour des bourgeois, je voulais toujours chercher des hôtels comme les nôtres. Après quelque séjour à Londres, je trouvai que, malgré la différence de l'extérieur, quelques maisons offraient des habitations aussi belles qu'élégantes.

Les rues de Londres sont belles, larges, bien alignées, garnies de trottoirs qui les rendent très-commodes aux piétons. Ces rues sont coupées par de belles places; la plupart renferment au milieu des jardins charmans, entourés d'une grille dont la jouissance est commune à tous les propriétaires du square. La construction des maisons en brique, et la fumée du charbon de terre, donnent à Londres un aspect un peu triste, particulièrement le soir. Personne ne se promène jamais après son dîner; toutes les affaires se font le matin. On va au spectacle et dans le monde, mais c'est en voiture qu'on s'y fait conduire; et comme ce n'est jamais qu'un petit-nombre comparé à la population, il en résulte que les rues, les places publiques, présentent un aspect fort triste le soir.