Puisque je me suis éloignée de l'époque de mon premier voyage en Angleterre, pour raconter quelques circonstances relatives à la reine, qui ne se passèrent que bien des années après, je dirai un mot d'un moment vraiment heureux pour moi dont je jouis vers le même temps 1821. J'en fais mention ici pour que ceux de mes compatriotes qui iront en Angleterre puissent se procurer le même plaisir.
Parmi les établissemens dignes de fixer l'attention des étrangers, la brasserie de M. Meux me semble devoir tenir le premier rang.
Pour donner une idée de l'étendue, de l'importance de cet établissement, je citerai une de ses moindres parties, celle des cuves pour recevoir la bière: elles sont au nombre de quatre-vingts, et la plus petite, la moins chère, coûte quatre mille livres sterling, ou cent mille francs de notre monnaie.
Toutes les parties de cette vaste et magnifique brasserie reçoivent le mouvement par une machine à vapeur. Lorsqu'après en avoir admiré tous les détails, on me conduisit devant la petite roue dont l'effet était si prodigieux, je demandai avec empressement le nom de l'inventeur. Il faut aimer son pays comme moi, pour savoir tout le plaisir que j'éprouvai, lorsque entourée de plusieurs Anglais, fiers avec raison de leurs talens et de leur industrie, on me nomma un Français, M. Brunel. Cet homme si justement apprécié, admiré en Angleterre, avait voulu consacrer ses grands talens à sa patrie. Il fut repoussé par Bonaparte, et obligé de porter son industrie et son génie parmi les Anglais.
La brasserie de M. Meux vaut à elle seule qu'on fasse le voyage de Londres pour la voir.
Je reviens aux détails de mon premier voyage.
CHAPITRE VII.
Les deux maisons des habitans de Londres.—La noblesse anglaise.—Taciturnité générale.—Le château de Blenheim, récompense nationale décernée au duc de Marlborough.—Architecture de Blenheim.—Trophées attristans.—Terre du marquis de Buckingham.—Les tableaux.—Vénus en Jupon d'indienne.—L'estomac classique.—Le château de Park-Place.—Terre du lord Harcourt.—Oxford.—Les universités.—La jeunesse française et la jeunesse anglaise.—Les étudians anglais.—La grotte et le diamant.—Impromptu de lord Albermale.—Le cadeau impossible.—Distinction des rangs.—Doux visages et rudes manières.—Affectation des femmes en France et en Angleterre, attribuée à des causes différentes.—Cheltenham.—Bath.—Les jeunes poitrinaires.—Windsor.—Richemont.—Les gazons anglais; d'où provient leur fraîcheur.—Retour en France.