La maréchale***, présente à ce récit que madame de La Rochefoucault nous faisait avec beaucoup d'émotion, l'interrompit pour lui demander bien gravement: «Ce jeune homme était-il son mari?—Je ne le crois pas, répondit la comtesse, mais il est bien malheureux, et par conséquent il inspire de l'intérêt.—Comment, Madame, dit la maréchale; d'une voix éclatante, pouvez-vous vous intéresser à un de ces voleurs de cœur, car il est bien clair qu'il n'était que cela, un voleur de cœur...» Cette expression de voleur de cœur, qui nous paraissait si drôle, ainsi que la sévérité de la maréchale, séchèrent les larmes que le récit de madame de La Rochefoucault avait presque fait couler.
Joséphine avait raconté à quelques-unes de nous le vol d'un diamant de la maréchale, qui paraissait presque incroyable; elle se pencha vers moi, et me dit tout bas: «Je vais vous faire répéter l'histoire du diamant.»
La conversation ayant été mise sur ce sujet, la maréchale entra de nouveau dans tous les détails: elle nous dit qu'elle avait un frotteur qu'elle soupçonnait fort de lui avoir volé un très-beau diamant; elle était entrée dans la chambre où il était, un pistolet à la main, en avait fermé la porte à la clef, et lui avait dit qu'elle ne quitterait pas la chambre sans avoir retrouvé son diamant; que l'homme avait voulu protester de son innocence; que, pour la prouver, il s'était mis nu comme un ver, et que c'était dans cet état qu'elle avait su retrouver son diamant caché sur lui. Ce récit fut accompagné de beaucoup de détails que je dois omettre ici...
Chaque fois que la maréchale*** venait voir l'impératrice, l'empressement des jeunes femmes autour d'elle était extrême. Elles espéraient toujours recueillir quelques-uns de ces mots qui ont fait fortune dans le monde.
Je crois qu'on lui en a prêté beaucoup plus qu'elle n'en a jamais dit.
Mais aussi un proverbe vulgaire nous apprend qu'on ne prête qu'aux riches.
Au temps où les édifices publics étaient couverts de cette devise: Vivre libre ou mourir; unité, indivisibilité de la république, la maréchale l'ayant trouvée jolie, la fit broder sur un ruban dont elle fit garnir une robe.
Au reste, toutes les plaisanteries qu'on a faites sur elle n'ont pour objet que des ridicules; combien de femmes seraient heureuses que les reproches qu'on peut leur adresser n'eussent pas des motifs plus graves!
Ce même jour madame Duroc revint toute triste d'une visite qu'elle venait de faire chez la princesse de Talleyrand; en se rappelant une réponse qu'elle avait faite à M. d'Azara, elle craignit qu'il ne l'eût prise pour une sotte. Avant de raconter ce qui fit naître cette crainte, il faut rappeler l'extrême tendresse de M. de Talleyrand pour une jolie petite fille qui tomba un jour des nues chez lui. Elle se nommait Charlotte; non-seulement elle était l'objet des soins de la princesse, mais le prince en raffolait; il en parlait sans cesse, les occupations les plus graves, la présence des ambassadeurs, rien ne pouvait l'en distraire.
Lorsqu'il vint à Aix-la-Chapelle, elle était malade. Il attendait l'arrivée des courriers avec une anxiété dont l'excès excitait la curiosité de tout le monde; le vaste champ des conjectures fut parcouru en tous sens pendant long-temps, sans qu'il fût possible de deviner; mais enfin on sut très-positivement que l'extrême tendresse du prince ne prouvait que la gentillesse de l'enfant, et non aucun lien de parenté; cette tendresse n'en était pas moins un sujet d'étonnement. Souvent, au milieu d'intérêts très-graves, si cet enfant s'approchait de lui, tout entier aux caresses qu'elle lui prodiguait, il la pressait dans ses bras, interrompait pour elle la conversation la plus sérieuse, et laissait autour de lui tous les diplomates stupéfaits.