Ce même jour, M. d'Azara, dont la conversation avait été ainsi interrompue, vint se placer près de madame Duroc, et se penchant vers elle, il lui demanda bien bas: «Madame, pourriez-vous me dire ce que c'est que Charlotte?»

La duchesse, qui dans cet instant ne pensait pas du tout à cet enfant, regarda M. d'Azara avec étonnement, et lui dit: «Monsieur, c'est un entremet qu'on fait avec des pommes.» M. d'Azara, en recevant cette réponse à bâtons rompus, se persuada que la jeune duchesse était une diplomate beaucoup plus fine que lui, et qu'elle ne voulait pas répondre à sa question, dont la solution, devait sans doute rester un problème; il s'inclina, et n'ajouta pas un mot.

Madame Duroc, en sortant de chez le prince, pensait à la singulière question de M. d'Azara, ne pouvant pas comprendre à quel propos il lui avait parlé de cuisine, quant tout à coup un souvenir de cet enfant vint la frapper, et lui faire penser que la question de M. d'Azara pouvait bien avoir eu cette petite fille pour objet. Alors elle se désolait de sa réponse.

«Qu'aura pensé M. d'Azara? il aura cru que j'étais folle,» nous disait-elle tristement. Au contraire, cette réponse, qu'elle croyait si ridicule, avait paru le nec plus ultra de l'adresse diplomatique, pour répondre sans rien dire.

Je n'avais pas vu l'empereur depuis ma démission; ce souvenir, auquel se joignait celui de ce terrible regard lancé sur moi la veille de notre départ de Mayence, me troubla un peu lorsqu'il entra chez l'impératrice; mais étant accompagné de plusieurs personnes, et beaucoup d'autres étant survenues, je me remis bientôt. Il venait proposer à Joséphine une promenade qui fut acceptée; elle eut la bonté de m'engager à l'accompagner.

Pendant la promenade, j'espérais profiter d'un instant de solitude pour lui rappeler ma démission et ses motifs, dont rien malheureusement ne pouvait atténuer la force, mais nous ne fûmes jamais seules.

Joséphine nous parla d'une circonstance assez extraordinaire et jusqu'alors parfaitement inexplicable; et cependant la police du château et celle de Paris avaient été employées successivement pour en découvrir les auteurs.

Chaque fois que l'empereur faisait une action, quelle qu'elle fût, dont il désirait dérober la connaissance à Joséphine, elle recevait peu d'heures après une lettre qui l'en instruisait dans tous les détails qui y étaient relatifs.

De même tout ce que faisait Joséphine et qui pouvait donner lieu à interprétation était toujours transmis par la même voie à l'empereur.

Ces lettres arrivaient toutes par la poste du gouvernement; elles étaient de la même écriture. Pendant le séjour de la cour à Saint-Cloud, elles arrivaient si promptement, qu'on s'étonnait quelquefois qu'on eût le temps de les envoyer à la poste à Paris.