Les yeux de M. de Q*** s'ouvrirent douloureusement; il se rappela différentes circonstances qui, réunies, pouvaient lui paraître une conviction; un duel sur le packet-boat fut la suite de cette rencontre.

Les deux antagonistes furent blessés, mais sans danger pour leur vie. L'amour de M. de Q*** s'éteignit dans le sang de son adversaire.

Je finis là l'histoire de madame D***, qui pourrait fournir un volume in-folio.

Son mari put s'accuser entièrement de ses désordres; cette jeune femme fut perdue par lui seul. Une femme innocente, mais qui par de malheureuses apparences ne jouit plus de l'estime publique, est bien près de justifier cette opinion.

Le président ne borna pas sa vengeance aux différentes arrestations dont elle eut à souffrir. Il avait reçu seize cent mille francs de sa dot; il dénatura ses biens, il en plaça une partie en Angleterre, enfin il dispersa si adroitement le tout, qu'on n'a jamais pu retrouver la trace de l'emploi qu'il en fit. À sa mort on ne put rien en recouvrer.

Pendant sa vie il avait obtenu souvent de madame D***, des signatures moyennant quelques faibles sommes qu'il lui donnait. Probablement c'est à l'aide de ces signatures, auxquelles cette jeune femme si imprudente n'apportait aucune attention, qu'il put dénaturer tout ce qu'elle possédait.

Cette conduite de M. D*** est d'autant plus répréhensible qu'il avait un fils qui se trouva à sa mort sans aucune fortune. Depuis, il hérita d'une tante, qui lui laissa vingt mille livres de rente. Il fit alors à sa mère une pension de cent louis.

Ce fils tenait d'elle une constitution assez délicate; sa taille, ses pieds, ses mains, auraient pu lui permettre de se faire passer pour une femme; son organe même ne démentait pas cet extérieur.

Un de ses grands plaisirs, pendant les bals de l'Opéra, était de s'habiller en femme. Pendant tout un carnaval, il s'était fait suivre par un Suédois qui en était devenu éperdument amoureux, et qui ne manquait jamais un bal dans l'espérance de l'y trouver.

Cet étranger fut au désespoir de cette mystification, quand il put en être convaincu.