M. D*** avait beaucoup de causticité dans l'esprit; c'était un petit volume d'anecdotes bien relié.
Ce malheureux jeune homme est atteint depuis quelques années d'une aliénation mentale; il est aujourd'hui dans une maison de santé du faubourg Saint-Antoine.
CHAPITRE XVII.
Dangers de l'indépendance.—Influence de la seconde éducation.—Exaltation.—Grave confidence.—Retour de Napoléon au 20 mars.—Calamités prévues.—Chagrin.—Trahisons et défections.—Mesures impuissantes.—Moyen de salut imaginé par l'auteur.—Napoléon devant être isolé des soldats.—Idée fixe.—Les destinées de la France attachées à la vie de Napoléon.—La mort de Napoléon nécessaire au salut de la France.—Comparaison entre le duelliste et le meurtrier par dévouement.—Assassins sauveurs de leur patrie.—Scévola.—Hésitation et résolution.—Plan de l'auteur.—Les petits pistolets et la chaise de poste.—L'auteur faisant sacrifice de sa vie.—L'auteur au tir de Lepage.—L'auteur communiquant son projet au prince de Polignac.—Résignation du prince aux décrets de la Providence.—Influence d'un sourire de M. de Polignac.—Réveil d'un rêve de gloire.—Dévouement à deux maîtres.—L'auteur regrettant l'inexécution de son projet.—Le prince de Polignac et la machine infernale.—Accusation contre le prince réfutée par l'auteur.—Désintéressement de l'auteur.—Indifférence de l'auteur pour les jugemens du monde.—Opinion de l'auteur sur Napoléon.—M. de Chateaubriand et Carnot.—La main de fer et le gant de velours.—Esclavage de la presse périodique, sous l'empire.—Invariabilité des sentimens de l'auteur.—Conclusion.
En faisant le récit des principaux événemens de ma vie, remarquable seulement par les vicissitudes qui en ont marqué le cours, j'ai dû croire qu'en développant les causes de ces vicissitudes, j'offrirais une leçon utile aux jeunes femmes assez malheureuses pour jouir de leur indépendance.
J'ai dit précédemment que la première éducation que nous recevons n'est pas celle qui a le plus d'influence sur le reste de notre, vie; c'est la seconde, c'est celle de notre adolescence qu'il importe de bien diriger. L'indépendance qui accompagna une partie de ma jeunesse fut la faute des circonstances, et non celle de mon excellente mère, dont je me trouvai presque toujours séparée.
C'est dans ces premières années que mon caractère naturellement très-vif, prit cette teinte d'exaltation qui a décidé depuis presque toutes mes actions, bien plus que la prudence et la raison. Une résolution enfantée par cette exaltation a pu avoir des résultats si grands, si importans, que je dois en parler. Si je le fais, si je me soumets au blâme dont les âmes froides qui ne me comprendront pas pourront la flétrir, je crois remplir un devoir dont on trouvera plus loin l'explication.
Je désire aussi apprendre quelle force cette exaltation peut prêter à un faible bras. Le levier d'Archimède n'était pas plus puissant; mais cette puissance empruntant toute sa force de l'opinion, peut la perdre aussi facilement qu'elle l'acquiert.