Mon plan était simple, il consistait à me munir d'une bonne paire de petits pistolets et d'une chaise de poste; je me croyais certaine de pouvoir approcher de Napoléon.

Il n'entrait pas dans ma pensée de lui survivre; je croyais succomber sous les coups des amis qui l'entouraient. Je dis plus, c'était cette certitude que je croyais avoir qui me donnait le courage de tenter cette action si hardie. Il fallait qu'elle fût lavée dans mon sang, pour passer à la postérité comme un dévouement digne d'éloges. La première exécution que je donnai à ce projet fut d'aller m'exercer au tir de Lepage, qui se trouvait à côté de chez moi.

L'espace que Napoléon avait déjà parcouru, le peu de temps qui me restait, si je voulais que sa mort empêchât le départ du roi, me forçaient de précipiter le mien, et me mettaient dans la nécessité de me confier à quelqu'un qui pût me seconder. Dans ce moment, je ne pouvais faire l'achat d'une chaise de poste sans que mon mari en fût instruit. Je cherchai, parmi les personnes que je connaissais, une qui fût assez dévouée au roi pour garder mon secret. Je crus que le prince de Polignac pourrait faire mettre de suite à ma disposition la voiture dont j'avais besoin. Son dévouement au roi me persuadait qu'il approuverait le mien.

Malheureusement le prince ne savait pas qu'il y avait en moi autant de courage pour exécuter que d'exaltation pour concevoir. Il pensa peut-être que ce dévouement n'était qu'un acte de folie. Il me dit que nous devions nous en remettre aux soins de la Providence, qui savait mieux que nous ce qui pouvait nous sauver de la crise qui s'approchait.

Je ne sais si l'expression de sa figure ordinairement si gracieuse m'abusa, mais je crus voir un léger sourire errer sur ses lèvres.

L'effet de ce sourire, si imperceptible, si fugitif, fut incroyable sur moi; celui d'un bain de glace n'eût pas été plus prompt.

Cette auréole de gloire au milieu de laquelle mon imagination avait placé mon nom disparut dans un instant.

En sortant de chez le prince, j'étais comme une personne qui verrait tomber autour d'elle les murs d'un palais enchanté, et qui se trouverait seule au milieu d'un désert.

Ce rêve de gloire était fini. L'apparence d'un sourire l'avait fait évanouir.

Une heure avant, cette action me semblait mériter qu'on élevât des autels pour en consacrer le souvenir, et dans ce moment je commençai à me demander si j'avais bien le droit de disposer de la vie de mon semblable. Dès l'instant où je pus m'adresser cette question, elle fut résolue pour moi.