Si cette action n'excitait pas l'admiration, elle n'était plus qu'un crime.
Mon parti fut pris à l'instant. Je revins chez moi, je m'y enfermai, et j'attendis les événemens.
Ils se succédèrent avec rapidité, comme chacun sait. Tous les corps constitués vinrent prodiguer à la famille royale les assurances de leur zèle, de leur respectueux dévouement. Peu de jours après ils offrirent la parodie complète de ces paroles.
Ah! combien j'eus à souffrir! Chaque fois que le bruit de ces coupables défections parvenait jusqu'à moi, je pensais que la honte m'en était due, pour m'être laissée arrêter dans l'exécution de ce noble projet par une si faible cause.
Tout le sang qui fut répandu, nos musées dévastés, jusqu'aux longues souffrances de Napoléon sur le rocher où il expira, m'ont semblé quelquefois mon ouvrage, tant est grande sur moi la puissance de l'imagination.
Le temps a jeté son voile sur ces souvenirs; si je les rappelle quelquefois dans le secret de ma pensée, c'est pour méditer sur la faiblesse des causes qui produisent ou paralysent souvent les plus grands événemens.
Un mot, un regard d'encouragement eût soutenu cette force morale; l'apparence d'un sourire la fit évanouir. Mes parens, mes amis, ne surent jamais rien de cette circonstance importante.
Le prince de Polignac seul en a eu connaissance. En la publiant aujourd'hui, je crois accomplir un devoir envers lui. Je m'occupe peu de politique et ne lis pas toujours les journaux, que je reçois cependant chaque jour. Dernièrement il en est tombé un sous mes yeux, dans lequel j'ai vu qu'on osait lui attribuer la machine infernale.
Je laisse à tout esprit raisonnable à décider si l'homme qui a arrêté mon bras quand il voulait frapper Bonaparte put avoir quelque chose de commun avec la machine infernale.
Il devait mourir seul, sa mort n'exposait personne autre que moi, elle sauvait la France; l'intérêt immense attaché à cette mort avait bien de quoi la justifier; et cependant le prince ne l'a pas voulue. Son âme pure a cru y voir un crime. Lorsqu'on parle d'un ministre, l'opinion émise sur lui peut être suspectée; on croira sans doute que la mienne a pu être influencée par cette considération, mais on serait dans une grande erreur. Je vis loin de la société, et ne lui demande rien. Je n'ai pas vu M. de Polignac depuis plusieurs années. Il n'est personne, peut-être qui ait plus d'indépendance dans ses opinions, et qui soit moins susceptible que moi de se laisser influencer par toutes les petites considérations qui gouvernent le monde. Je crois en donner la preuve dans ce moment, en publiant un fait qui était inconnu, et qui sera blâmé par la grande majorité.