L'empereur, monsieur le maréchal, ordonne que vous continuiez votre route pour arriver le plus tôt possible à Saalfeld. L'ennemi est en plein mouvement, et s'avance sur nous. Le quartier-général de l'empereur sera ce soir à Saalfeld.

au maréchal lannes.

Même ordre qu'au maréchal Mortier.

Finckenstein, le 6 juin 1807; six heures et demie du soir.

au maréchal masséna.

Vous avez été prévenu, monsieur le maréchal, que l'ennemi, à la pointe du jour, dans la journée du 5, avait attaqué la tête du pont de Spandeim, corps du prince de Ponte-Corvo. Le général de brigade Frère, avec sa seule brigade, a contenu l'ennemi constamment, et l'a repoussé quoiqu'il ait chargé cinq fois ses retranchemens avec des troupes fraîches. Un colonel russe a été fait prisonnier, et les fossés étaient remplis de morts.

Au même moment, l'ennemi attaquait le pont de Lomilten, corps du maréchal Soult; le général Ferey, avec sa seule brigade, en a repoussé l'ennemi, qui a essuyé une grande perte. Ces pertes sont d'autant plus fortes qu'il a eu l'imprudence de mettre beaucoup d'obstination dans ses attaques. Le poste d'Allkirck, en avant de Guttstadt, corps du maréchal Ney, a aussi été attaqué le 5, à quatre heures du matin. L'ennemi a été constamment repoussé jusqu'à onze heures; mais le maréchal Ney, ayant vu le déploiement de quarante à cinquante mille hommes, a, conformément à son instruction générale, fait son mouvement sur Deppen. Ce matin, il était en position au village de Ankendorff, et l'ennemi était en position en avant de Queetz. Dans cette situation des choses, S. M. a ordonné la réunion de son armée, et il est vraisemblable qu'une grande bataille va avoir lieu. L'empereur a donné des ordres au général Zayoushek, mais il n'en a point donné à la division Gazan, ni à la division de dragons du général Becker, ces deux divisions étant sous vos ordres.

S. M., monsieur le maréchal, ne peut rien vous prescrire; vous devez prendre conseil des circonstances, couvrir Varsovie, maintenir le plus possible les Cosaques éloignés du centre de la grande armée, et empêcher le corps qui vous est opposé de se dégarnir pour augmenter l'armée qui est devant nous.

Si vous n'y voyez pas d'inconvéniens, tenez le général Gazan en espèce de corps volant, qui pousserait de forts partis sur Ortelsbourg et Passenheim.

Faites reployer tous les embarras, les malades du général Gazan et les vôtres derrière la Vistule. Si l'ennemi vous attaquait, et que vous eussiez besoin du général Gazan pour couvrir Varsovie, nul doute que vous ne deviez le retirer sur vous. Si, au contraire, l'ennemi reste tranquille, plus le général Gazan poussera en avant pour observer l'ennemi, mieux cela vaudra.