11. Le Saint Père se porte aux dispositions ci-dessus par considération de l'état actuel de l'église, et dans la confiance que lui a inspirée Sa Majesté qu'elle accordera sa puissante protection aux besoins si nombreux qu'a la religion dans les temps où nous vivons.

Napoléon. Pie vii.

Fontainebleau le 25 janvier 1813.»

On a cherché, par tous les moyens possibles, à jeter de l'odieux sur la conduite de l'empereur dans cette circonstance. On l'a accusé d'avoir injurié le pape, de l'avoir menacé même: tout cela est de la plus insigne fausseté. Les choses se passèrent de la façon la plus convenable. M. Devoisin, évêque de Nantes, ecclésiastique très-estimé de l'empereur, et son médiateur favori dans les discussions fréquentes qui s'élevaient entre le pape et Sa Majesté, était venu aux Tuileries le 19 janvier. Après être resté deux heures enfermé avec Sa Majesté, il était parti pour Fontainebleau. Ce fut immédiatement après cette entrevue que l'empereur monta en voiture avec l'impératrice, en costume de chasse, suivi de tout le service, également en costume de chasse.

Le pape, prévenu par M. l'évêque de Nantes, attendait Sa Majesté; les points importans étaient convenus d'avance et réglés, il ne s'agissait plus que de quelques clauses accessoires au but principal du concordat; il est donc impossible que l'entrevue n'ait point été amicale. On se pénétrera de cette vérité d'autant plus que l'on voudra réfléchir aux excellentes dispositions du Saint Père à l'égard de l'empereur, à l'amitié qu'ils avaient l'un pour l'autre, à l'admiration que le grand génie de Napoléon inspirait au pape. J'affirme donc, parce que je crois pouvoir le faire, que toutes les choses se passèrent honorablement, et que le concordat fut signé librement et sans contrainte par Sa Sainteté en présence des cardinaux réunis à Fontainebleau. C'est une calomnie atroce que d'avoir osé dire que, sur les refus réitérés du pape, l'empereur lui mit une plume trempée d'encre à la main, et, lui saisissant le bras et les cheveux, le força de signer en lui disant qu'il le lui ordonnait, et que sa désobéissance serait punie d'une prison perpétuelle. Il faut avoir bien peu connu le caractère de l'empereur, pour ajouter foi à ce conte absurde.

Une personne présente à cette entrevue, dont on s'est plu si méchamment à dénaturer les circonstances, me les a toutes racontées: c'est d'après elle que je parle. Aussitôt son arrivée à Fontainebleau, l'empereur fit une visite au Saint Père, qui la lui rendit le lendemain: celle-ci dura deux heures au moins; pendant ce temps la contenance de Sa Majesté fut toujours calme et ferme à la vérité, mais pleine de bienveillance et de respect pour la personne vénérable du pape. Quelques stipulations du traité alarmaient la conscience du Saint Père, l'empereur s'en aperçut; et, sans attendre de réclamations, déclara qu'il y renonçait. Ce procédé subjugua tout ce qu'il pouvait rester de scrupules dans l'esprit de Sa Sainteté; un secrétaire fut appelé, et rédigea les articles du traité, que le pape approuva l'un après l'autre avec une bonté toute paternelle.

Le 25 janvier, le concordat étant définitivement arrêté, le Saint Père se rendit dans les appartemens de Sa Majesté l'impératrice. Les deux contractans paraissaient également satisfaits; c'est une preuve de plus qu'il n'y avait eu ni tromperie ni violence. Le concordat fut signé par les augustes personnages, au milieu d'un cercle magnifique de cardinaux, d'évêques, de militaires, etc. Le cardinal Doria remplissait les fonctions de grand maître des cérémonies: ce fut lui qui recueillit les signatures.

Je ne saurais dire combien il y eut ensuite de félicitations données et reçues, de grâces demandées et obtenues, de reliques, de décorations, de chapelets, de tabatières, distribués de part et d'autre. Le cardinal Doria reçut de la propre main de Sa Majesté l'aigle d'or de la Légion-d'Honneur. Le grand aigle fut aussi donné au cardinal Fabricio-Ruffo; le cardinal Maury, l'évêque de Nantes, l'archevêque de Tours reçurent la grande croix de l'ordre de la Réunion; les évêques d'Évreux et de Trèves, la croix d'officiers de la Légion-d'Honneur; enfin le cardinal de Bayanne et l'évêque d'Évreux furent faits sénateurs par Sa Majesté. Le docteur Porta, médecin du pape, fut gratifié d'une pension de douze mille francs, et le secrétaire ecclésiastique, qui était venu dans le cabinet transcrire les articles du concordat, reçut en cadeau une magnifique bague en brillans.

À peine Sa Sainteté eut-elle signé le concordat qu'elle s'en repentit. Ce fut ainsi que l'empereur le dit au maréchal Kellermann, en se trouvant avec lui à Mayence vers la fin du mois d'avril.

«Le lendemain de la signature du fameux concordat de Fontainebleau, le pape devait dîner en public avec moi; mais dans la nuit, il fut malade ou feignit de l'être. C'était vraiment un agneau, tout-à-fait bon homme, un véritable homme de bien, que j'estime, que j'aime beaucoup, et qui de son côté me le rend un peu, j'en suis sûr.