»1º. Il portera à la connaissance de l'empereur les réclamations formées par les colléges électoraux, ou par les assemblées de canton desdits départemens, pour la conservation de leurs priviléges.
»2º. Il recevra le serment des présidens des colléges électoraux, et des assemblées de canton, des présidens et des procureurs généraux des cours et des tribunaux, des administrateurs civils et des finances, des majors, chefs de bataillon et d'escadron de toutes armes.
»3º. Lorsque Sa Majesté Impériale se trouvera dans les départemens au delà des Alpes, le gouverneur général présentera au serment les généraux et fonctionnaires publics admis à prêter serment devant elle.
»Il présentera également les députations des colléges électoraux, des villes, des cours et des tribunaux.
»art. V. Il présidera l'assemblée du collége électoral du département de Gênes.»
Telle fut la Charte octroyée par le sénat au gouverneur général des départemens au delà des Alpes, qui n'était encore nommé que in petto. Quand j'en eus pris connaissance, je vis que les pouvoirs du prince gouverneur-général étaient assez vaguement définis, sous le rapport de l'autorité administrative qu'il aurait à exercer, et que, par conséquent, ce serait à lui à se faire la meilleur part possible dans l'exercice du pouvoir. Je fus frappé en outre de l'idée que, sous le prétexte de fonder un gouvernement général, l'empereur avait voulu seulement faire naître l'occasion de donner une cour à l'ancienne capitale des états du roi de Sardaigne. Je ne concevais pas non plus comment il avait pu échapper, à des rédacteurs aussi habiles que ceux qui avaient rédigé le sénatus-consulte, une contradiction qui me semblait absurde. Il est dit au troisième paragraphe de l'art. IV: «Le prince gouverneur-général recevra le serment des présidens des colléges électoraux, etc.;» et, aux termes de l'article V: «Il présidera le collége électoral du département de Gênes;» d'où il résultait que le prince recevrait son propre serment. Cela me paraissait tellement contraire à toute raison, à tout esprit de législation, que je crus devoir soumettre mes observations à un grand fonctionnaire de l'état, qui m'avait toujours témoigné beaucoup de bienveillance. Quand il m'eut écouté, au lieu de me répondre, il m'adressa cette question, à laquelle, je l'avoue, je ne m'attendais guère: «Quel âge avez-vous?—Bientôt vingt-trois ans.—Ah!... Vos observations sont justes; mais vous avez tort, et je vous engage à les garder pour vous.—Comment donc...?—Oui, vous dis-je, vous êtes trop jeune pour avoir raison.» En cette circonstance je profitai de cet excellent conseil, dont malheureusement je ne profitai pas toujours depuis.
Mais revenons à notre fameux sénatus-consulte et à ce qui en fut la suite. L'empereur l'approuva le sept février; et le quinze du même mois il adressa au sénat un nouveau message pour lui faire connaître, ce qu'aucun sénateur n'ignorait, le choix qu'il avait fait du nouveau grand dignitaire de l'empire. Napoléon s'exprima en ces termes:
«Sénateurs,
»Nous avons jugé convenable de nommer notre beau-frère, le prince Borghèse, à la dignité de gouverneur-général, érigée par le sénatus-consulte organique du deux du présent mois. Nos peuples des départemens au delà des Alpes reconnaîtront, dans cette dignité, et dans le choix que nous avons voulu faire pour la remplir, notre désir d'être plus immédiatement instruit de tout ce qui peut les intéresser, et le sentiment qui rend aujourd'hui présentes à notre pensée les parties même les plus éloignées de notre empire.»
Le message de l'empereur me réconcilia un peu avec le sénatus-consulte. Le désir d'être plus immédiatement instruit me parut un de ces mots de valeur qui, émanés directement de l'empereur, nous fortifierait contre la lettre du sénatus-consulte, s'il survenait, comme cela ne manqua pas d'arriver, des conflits d'autorité. Il devait en survenir beaucoup, car la position du gouverneur général se trouvait unique dans la vaste étendue de l'empire. Il n'était pas vice-roi, comme Eugène, qui avait des ministres spéciaux pour le royaume d'Italie; le décret ne le mettait en relation directe qu'avec les autres grands dignitaires de l'empire: mais l'administration restait une dans toutes ses branches; mais l'influence des ministres de Paris s'étendait sur les départemens au delà des Alpes, tout aussi bien que sur ceux de l'intérieur de l'ancienne France; point de nominations à faire, par conséquent point de pouvoir: et pourtant il fallait, pour se faire bien venir, jouer toutes les simagrées du pouvoir. N'ayant rien à donner à la réalité des intérêts, il fallut nous borner à exploiter le champ de l'amour-propre; mais ce champ était vaste, bien préparé et fécond; le Piémont est un pays fertile.