— Vous ne toussez pas davantage ?

— Je ne tousse jamais, docteur.

— Vous ne vous sentez pas plus faible ?

Pourquoi cette question ? Me trouvait-il plus mal ? Ma mère l’a suivi pour l’interroger, quand il est parti ; mais il s’était repris, sans doute, car il l’a consolée par des mensonges charitables. Maintenant, dans ma chambre, après le dîner, elle me regarde remonter ma montre, et prononce en hochant plusieurs fois la tête avec un découragement infini :

— Tu veux donc me quitter ? Tu veux donc me quitter ?

— Mais non. Pourquoi dis-tu cela ?… Pourquoi y penses-tu ?… C’est à cause de cette parole malheureuse du docteur… Mais ça ne signifie rien… C’est une question machinale qu’il pose à tous ses malades.

Elle me regarde avec ferveur, avec une grande force d’amour ; et elle répète frémissante :

— Ne me quitte pas… Ne me quitte pas…

— Mais je ne veux pas te quitter ! Où prends-tu que je sois plus mal ? Je veux guérir. Je veux te faire une vieillesse heureuse ; voilà ce que je veux.

Toutes les paroles qu’on dit en cette circonstance, je les prononce sans y croire. Et elle reprend avec résolution :