— Tu as tort… Cela ne peut pas te faire de mal…
Pendant qu’il me parle, il est visiblement préoccupé par un pli que son vêtement neuf forme entre deux boutons.
— Non ? tu ne viens pas ? Décidément non ? Alors tu es pour ta vie sur ta chaise longue ? C’est insensé…
Il a passé la porte qu’il me crie encore :
— C’est insensé !…
De la fenêtre, je le vois partir, hésiter entre deux directions, sous l’œil de la bonne qui, dans le jardin d’en face, l’observe, puis prendre brusquement son parti et descendre vers la Nive.
Il est parti, et je regrette de n’avoir pas fait quelques pas avec lui. Pourquoi, en effet, ne pas essayer ?
Je suis descendu. Le bois nerveux de la porte craque de chaleur. Le chat engourdi sur le seuil lève sur moi, sans hâte, des yeux de prophète absorbé. Il y a deux mois que je ne suis sorti. Le plein jour du dehors tombe comme une douche tiède sur mes épaules et m’étourdit un peu. L’allée silencieuse est bien le prolongement d’une chambre de malade. Chaque fois que je la contemple, je retrouve cette impression. Il y a entre ma vie blessée et la splendeur morne de ce lieu une harmonie profonde qui me fait tressaillir.
J’ai pris machinalement le chemin opposé à celui qu’a pris Paul. Le tapis gris de la poussière craque sous le pied. J’ai perdu l’habitude de marcher et je m’observe un peu. Voici, adossés à leur petit mur, les désœuvrés du village, immuables à cette place. Ils me regardent. Je devine qu’ils disent :
— Tiens, c’est le malade qui loge à Martinenia. On ne le voit pas souvent.