— Allons donc ! Vous savez très bien au contraire… Mais comment cette bonne idée vous est-elle venue ?
— Voilà, j’ai rencontré madame votre mère qui allait à la gare. Je lui ai dit : « Tiens, vous abandonnez votre malade aujourd’hui ? J’ai bien envie d’aller lui tenir compagnie durant votre absence. » Elle m’a répandu : « C’est cela. Allez me le distraire. Et tâchez qu’il ne parle pas trop, qu’il soit raisonnable. » Ah ! les mamans !…
— Mademoiselle Javotte, asseyez-vous près de moi, là, dans ce fauteuil. La fenêtre ne vous gêne pas ?… Quelle bonne idée vous avez eue de venir !…
Elle est là et la belle journée s’embellit encore. Elle s’est assise. Étendu sur ma chaise longue, je la considère en silence. Le soleil, qui entre dans la chambre, dore sa peau comme la pelure d’un fruit. Elle se met à rire et son visage s’empourpre légèrement parce que, sans le vouloir, c’est avec un peu trop d’insistance que je considère cette peau dorée, que la robe noire découvre en carré sur le cou, cette peau au grain serré, si chaude, si vivante et qu’on devine tendue de toutes parts, sans un pli, sur ce corps jeune et cambré. Je me sens très libre avec elle, heureux de sa présence et, je ne sais pourquoi, une sorte de gaieté, de griserie joyeuse me rendrait presque impertinent.
— Alors, en quittant ma mère, qu’avez-vous fait ?
— Je suis venue.
— En passant par l’église.
— Comment le savez-vous ?
— Tout simplement parce que je vous y ai vue.
— Vous êtes allé à l’église, vous ?