Il appelle Olive. Nous prenons le thé. Nous causons peu. L’arrivée de Paul a retardé le départ de Javotte. On sent qu’elle aurait l’air de céder à une injonction. Nous sommes d’accord tacitement sur ce point. Javotte ostensiblement ne s’adresse qu’à moi. Paul continue de marcher dans la chambre et, quand il nous tourne le dos, il a des coups d’œil à la glace pour y surprendre notre attitude. Évidemment, il souffre, mais sa souffrance n’est pas sympathique. Tout en lui est désagréable : sa voix blanche de colère, sa nervosité, son air artificiel et surtout cette absence de tenue. Ah ! comme son silence simplement douloureux me toucherait davantage ! Mais je ne vois en lui que l’impatience de se satisfaire, d’être seul avec elle, son irritation devant l’obstacle, son droit méconnu de premier occupant. Oui, quelque chose en lui de cassant, d’insolent ou seulement de guindé, de hautain, me déplaît suprêmement et lui ferme mon cœur. Mais je sens que je suis injuste…
Enfin, Javotte se lève pour partir.
— Je ne veux pas abuser plus longtemps, chère Madame, de votre hospitalité.
Paul, qui s’apprête à la suivre, lui demande :
— Peut-on savoir où vous allez… si je ne suis pas trop indiscret ?
— Chez Mme Toledo.
— Moi aussi.
— Comme ça se trouve ! dis-je ironiquement.
— N’est-ce pas ? appuie Javotte, en échangeant avec moi un sourire de complicité.
Ceci est encore un petit lien entre nous. En cet instant, elle m’appartient encore un peu. Tout à l’heure, pour elle, je ne serai plus rien. Paul a ouvert la porte. Son visage s’est détendu. Il me l’enlève ; c’est ce qu’il voulait. Pour le reste, ils s’expliqueront. Du premier coup d’œil, il a compris, deviné que j’étais le danger, l’adversaire. Il va se défendre. C’est son droit. Ce droit, il vient de l’affirmer sans paroles d’une façon aussi peu discrète que possible. Je ne puis m’y tromper. Et moi, où vais-je ? Qu’adviendra-t-il de tout cela ?