Quant à Javotte, au moment de me quitter, elle semble avoir repris toute son insouciance. Elle se retourne pour me dire :
— Au revoir… A bientôt !
Mais je suis si exigeant que je voudrais quelque chose de plus. J’entends Paul qui lui dit, en descendant l’escalier :
— Cette pauvre Mme Toledo ! Elle a de si gros bras que, lorsqu’elle retire ses longs gants noirs, elle a toujours un peu l’air de retirer ses bas.
Elle rit bruyamment. Elle ne lui tient pas rigueur de sa conduite. La situation est renversée. C’est lui qui a l’avantage, maintenant, par le seul fait qu’ils s’en vont ensemble. Espérais-je qu’elle partirait seule ? N’est-il pas naturel qu’il l’accompagne ? Ne la reconduit-il pas ainsi chaque fois ? Ils sont camarades, ils sont intimes ; que ne sont-ils pas ?… Et moi, je serai toujours le même, toujours inquiet… Je suis venu m’accouder au balcon pour les suivre des yeux. Alors, Javotte lève la tête. Elle devine que je suis triste, et, pour me consoler, elle me jette, dans un sourire, un regard chaud comme un baiser.
XVI
L’ATTENTE
Paul a changé. Maintenant, quand nous nous retrouvons le soir dans la petite salle à manger, ce n’est plus l’homme heureux qui dissimule sa joie, qui baisse les paupières, comme on tire un rideau sur une fête clandestine. S’il marche, il semble nerveux ; s’il s’assied, il semble prostré. Il prend un journal, le rejette et regarde le feu. Lui parle-t-on ? il sursaute. Se croit-il seul ? il soupire, et sa bouche, involontairement détendue, demeure ouverte. Or, ceux qui vivent la bouche ouverte ne gardent pas longtemps un secret.
Tout à l’heure, après le déjeuner, comme nous étions seuls, il m’a dit :
— Cette vie-là n’est plus possible ! Voilà quinze jours qu’elle me fait droguer…
Je le regardais un peu narquois, avec cette pensée : « Ah ! ah ! tu y viens, mon bonhomme. » Il ajouta :