— Maintenant, laisse-moi un peu seul, veux-tu ?

Je suis demeuré seul tout le reste de l’après-midi. A l’heure du facteur, quand Olive est montée, elle avait un petit sourire de triomphe.

— Ah ! ah ! elle n’a pas été reçue, la Javotte !

Comme je ne réponds pas, elle ajoute :

— Alors, comme ça, M. Paul ne lui suffisait plus ? Quel toupet !…

— Olive, va-t’en, tu m’ennuies.

Mais elle continue :

— Oh ! vous savez, sur la Javotte, on en raconte des histoires qui vous amuseraient bien. Moi, je m’en moque ; mais vous n’auriez qu’à demander à Paquito ; celui-là qui vous a arrangé votre paravent. Il en sait des choses, Paquito !… Il a travaillé dans leur maison. Un matin qu’il avait besoin de prendre un meuble dans sa chambre, il entre sans frapper. Elle était couchée. Alors il a dit : « Mademoiselle, c’est pour ce meuble ; si ça vous dérange, je reviendrai. — Oh ! qu’elle a fait, vous ne me gênez pas du tout. Elle s’est assise sur son lit et elle lui a dit : « Tenez, regardez comme je suis bien faite. » Et vous savez, Paquito n’est pas menteur !

Ah ! j’ai bien la tête vraiment à écouter ces potins ridicules qui se colportent au village !… Mais, malgré moi, je songe à ce corps dont elle est orgueilleuse, à cette poitrine de pure forme antique, qui, chez les filles de ce pays, fait l’émerveillement des artistes. Je songe à sa voix de velours, son teint de perle chaude, à ses grands yeux troublants dont le regard, en se posant sur moi, emplissait mon cœur d’une volupté si lourde que cela me faisait mal, que je me sentais défaillir…

Et je l’ai renvoyée !…