Mais à peine m’avait-elle quitté que j’aurais voulu la rappeler. Sans bruit, à pas de voleur, je me suis glissé dans la chambre de Paul, qui est située au-dessus du salon où elles causent. Je me suis étendu sur le parquet ; j’ai collé mon oreille entre deux lames Il ne monte vers moi qu’un murmure confus. Je fais, pour écouter, un effort qui me tire le cerveau. Il me semble toujours que je vais surprendre une exclamation, un mot, quelque chose, et seul le murmure indistinct continue de traverser le parquet. Au bout d’un certain temps, j’entends remuer des sièges, puis la porte s’ouvre. Déjà je suis dans le couloir, haletant. Ma mère dit :

— J’espère que vous ne m’en voudrez pas, ma petite Javotte, et que vous comprendrez…

Et la douce voix, la voix caressante, que je n’entendrai plus, répond :

— Oui, oui, je comprends bien… je comprends bien…

Je voudrais m’écrier : « Non, non, ne partez pas ; montez, Javotte… Je ne peux pas vous laisser partir ainsi. Voyez comme je souffre de vous perdre !… » Aucune parole n’est sortie de ma bouche. J’ai regagné ma chambre, pendant que Javotte s’en allait. Ma mère revient. Elle me retrouve sur ma chaise longue, un livre à la main, simulant l’indifférence.

— Tout s’est bien passé ?

— Le mieux du monde.

— Tu lui as rendu sa médaille ?

— Je lui ai rendu sa médaille… Oh ! elle ne s’est pas fait prier… Si tu avais vu comme elle l’a empochée !

Le mot m’a choqué. Je voudrais ne pas parler et qu’on ne me parlât pas. Je voudrais ne voir personne, souffrir sans témoin, poussé par cet instinct qui porte les bêtes blessées à se cacher. J’ai dit doucement :