— J’ai passé tout l’après-midi chez elle. J’ai eu la bonne idée d’y aller en sortant d’ici. Elle a été charmante… Ah ! quand elle veut !…


Le lendemain, j’ai dit à ma mère :

— Écoute ; j’ai réfléchi au sujet de Javotte. C’est une gentille amie, gaie, dévouée ; mais tu sais comme je suis, comme je m’attache facilement. Il pourrait se faire qu’à la longue je cesse de voir en elle une simple camarade, une petite sœur de charité, alors j’en souffrirais. Je ne veux pas souffrir ; je me dois à mon métier de malade ; j’ai bien réfléchi et je te demande, quand elle viendra, de la recevoir, de lui faire comprendre cela gentiment. J’aime mieux couper court pendant qu’il en est temps encore.

Elle m’a dit, émue :

— Tu as raison et j’y pensais tous ces jours-ci… Sans doute tu manques de distractions ; mais ce ne sont pas des distractions de ce genre qu’il te faut. Je ne peux pas te dire combien je suis soulagée de voir que, de toi-même, tu as pris le parti le plus sage. Sois tranquille, je lui ferai comprendre doucement, sans la blesser… et elle comprendra très bien…

Dans la journée, Javotte est venue. Avant de la recevoir, ma mère m’a demandé :

— Tu es bien décidé ? Tu ne regrettes rien ?

— Je ne regrette rien ; et, tiens, prends cette médaille qu’elle m’avait donnée ; tu la lui rendras… Surtout, parle-lui gentiment. Je ne voudrais pas lui faire de la peine.

— Sois tranquille.