— Oui, fait Nanni.

— Il y a un grand départ prochain… un raid en Allemagne… est-ce que ?… dites-moi… est-ce que vous faites partie de cette escadrille ?

— Oui, fait Nanni.

— C’est la plus belle tentative de ces mois de guerre… six escadrilles vont se rejoindre au-dessus de Paris… ce sera toute une escadre… vous le savez ? et vous savez aussi le but sans doute ; quoiqu’il soit résolu de le dire au dernier moment. Vous le savez ?

— Oui, fait Nanni.

— Des usines à munitions… des usines considérables… C’est un bel effort… un effort inouï… car ils vous attendront… ils se doutent… ils se défendront… contre… contre les aigles… puisque vous appelez ces machines des aigles… et vous aurez une belle part, sans doute, grâce à votre maîtrise et à votre valeur… Dans ces courses aériennes, l’initiative importe… c’est le plus inventif qui devient le guide… et si l’on vous fait la route trop difficile, vous êtes capable… n’est-ce pas ? vous êtes capable de les mener ailleurs… vous songez à les mener là où ce sera le plus beau… et plus terrible…

— Oui, fait Nanni.

— Vous connaissez votre but propre, je le vois… vous avez étudié et peut-être pressenti la réalité… et votre victime ne vous attend pas… vous êtes sûr d’aller où il faut… vous êtes sûr de savoir où il est ?… et de pouvoir y aller ?

— J’y vais, dit Nanni.

Le général ne parle plus. Ce dialogue lui a fait trahir sa curiosité profonde qu’il oblige si volontiers à se cacher.