— Il est deux heures, dit Cardiette… On m’attend à la Chambre…
— Et cette matinée du Trocadéro commence donc si tôt ?
— Affreusement tôt, dit Sainte, mais je ne suis pas obligée d’arriver dès le début.
— Si donc, crie Cobral… Vous savez bien qu’il faut tenir votre promesse… J’ai tenu la mienne…
— Du moins, offre Mme de Hocques, ne partez pas sans goûter mes friandises… On dirait un convoi de vivres abandonné par l’ennemi… Tenez, général, faites-moi le plaisir… Ce sont des pralines arabes… C’est absolument inconnu en France… Vous me refusez ?… Monsieur Cardiette ?… Vous non plus ? Eh bien, Mademoiselle et moi nous allons nous en priver… Si… Si… Puisque vous faites fi de mes trésors, je ne veux plus les aimer.
Elle rit. Sainte cueille un fruit confit dans un compotier. Cobral prend congé. Nanni et moi l’imitons. Le général et Cardiette vont en faire autant.
— Non, dit Mme de Hocques, vous me devez au moins cinq minutes de cigares… Je le veux… Voici une boîte pour vous… Prenez, allumez, ces messieurs qui s’en vont n’y ont pas droit… Ils ne sont pas à la peine, ils ne seront pas à l’honneur… Ah, ma chère demoiselle, venez vous chapeauter dans ma chambre…
Elles sortent, en jacassant comme des fillettes.
Le général achève d’allumer son cigare. Cardiette envoie une bouffée grise dans une masse de chrysanthèmes. Nous les quittons.
Dans l’antichambre, Sainte nous rejoint. Elle fait à Nanni un bon visage tendre. Lui sera-t-elle plus douce ? Pourquoi ? Mme de Hocques tient, j’en jurerais, à nous voir partir au plus vite. Cobral aussi. Leur poignée de mains n’est pas celle d’indifférents qui ont amicalement déjeuné.