Quand nous arrivions, un ténor italien chantait la Brabançonne. Ils ont mis sur cet air de kermesse des paroles navrantes. Qui a fait cela, Cobral ? Cobral avait disparu.
Depuis j’ai couru par le Trocadéro vainement. Alpinisme regrettable. Quand je le voyais derrière un portant, j’accourais, et il se fondait dans la pénombre. Par un trou du décor, je regardais la salle. Il y était. Seul, dans une loge. Hâte à travers les couloirs. La salle. La loge. Personne. Je l’ai vu partout. Je ne l’ai trouvé nulle part. Je renonce. Je suis exténué.
Je m’assieds dans un coin du plateau sur un reste de chaise. Devant moi, le nez contre la toile sale d’un envers de paysage, un pompier. J’écoute malgré moi, les voix fraîches et les voix célèbres se succéder et provoquer l’acclamation. Les concerts de charité évoquent le programme des casinos où les baigneurs assistent fidèlement à des résurrections de momies artistiques très mal vues à Paris. Les vieux opéras surabondent. Les vieux chanteurs aussi. Les jeunes diseuses ont la charge des textes patriotiques. Ici, charge veut dire : poids. D’aucuns pourtant sont de belles charges impétueuses et leur élan me plaît. Il n’y en a pas aujourd’hui. A moins que le texte de Cobral… Je renonce à me mettre en quête de lui. Il finira par passer devant moi et je l’obligerai à parler.
Un chœur anglais, si touchant que le public fait son parfait silence des grandes émotions. C’est tout à fait beau pour moi qui entends sans voir. Les choristes sont peut-être jolies. Je ne les vois pas, et je ne vois pas non plus que le décor est ingénu, et que le plancher est malpropre, et que des gens sont là pour ne pas comprendre.
Je suis délicieusement seul dans l’obscurité de ma retraite. Il y a beaucoup d’espace derrière moi. Devant, il y a des portants imprécis et un pompier que son immobilité idéalise.
Ce chœur est touchant, ai-je dit ? C’est bien cela. Il est touchant, profondément touchant.
Qui vient ? Cobral ?
Des pas derrière moi.
Je me retourne à demi. Des voix. C’est Nanni. Et Sainte. J’avais oublié, ma foi, qu’elle figurait à cette matinée. Elle n’est pas encore passée. Je l’aurais entendue. J’aime beaucoup l’entendre.
Ils ne m’ont pas vu.