— Voulez-vous dans une heure et demie au Black Bar, rue Cambon ?… vous viendrez, mon amie ?
Sainte lui prend les mains et y pose sa bouche. Et elle s’enfuit dans l’ombre du décor.
La salle fait un bruit sourd. C’est l’entr’acte.
Nanni vient près de moi. Il me regarde sans me reconnaître. Il s’éloigne avec de grands gestes.
Des machinistes viennent me déranger. Je ne trouve pas de meilleur abri que le centre de la scène et je m’occupe à dévisager la salle entre les pans du grand rideau.
C’est un auditoire choisi. La meilleure société anglaise de Paris s’y est retrouvée et quelques groupes de convalescents munis de leurs infirmières, situent et datent cette foule à peine moins élégante qu’à d’anciennes fêtes. Le président de la République dans sa grande loge, en face, ne semble pas davantage « de circonstance ». Son frac et son cordon évoquent des inaugurations, des dîners, des bals dont nous avaient déshabitués sa petite silhouette provinciale, — macfarlane et casquette de yachting — dans tous les cinémas qui l’ont fait suivre par leurs appareils entre Dixmude et Altkirch.
C’est presque nuit déjà. Tous les lampadaires électriques donnent plein feu, les rampes du balcon et des galeries flamboient aussi copieusement.
L’orchestre se prépare. Derrière moi, on a roulé le grand piano. Je dois céder la place. Contre le portant, Félia Litvinne. Cela représente beaucoup d’hymnes et beaucoup de succès. J’ai le temps de trouver Cobral. Je vais le trouver.
On frappe. Prélude. Chant.
Je fais un pas. Cobral est devant moi.