« Citoyens, mes frères, citoyens, fils de la grande blessée et de la victorieuse bientôt, vous vous êtes dressés, vous vous êtes unis, vous avez frappé l’assaillant : votre vaillance est imbattable et votre acharnement guerrier se perfectionne jusqu’au génie. Pourtant, citoyens, je vous crie : « Aux armes »…
Cet appel me trouble comme il trouble tous les assistants. Le président n’a pas la déclamation large et sonore de Cardiette, mais il donne à chaque mot une valeur solide, et chaque mot n’est pas seulement un mot.
Cobral a son visage obstinément tranquille. Pourtant il murmure avec impatience :
— Que fait cet huissier ? Pourquoi ne se presse-t-il pas ?
A ce moment, un huissier paraît au pied de la tribune, monte jusqu’au président et pose la lettre de Cobral sur son bureau. Le président, surpris, s’interrompt. L’huissier lui dit quelques mots que nous ne pouvons entendre. Le président déchire l’enveloppe fébrilement. Il lit. Il est bouleversé. Il est défiguré de stupeur.
La salle chuchote.
Sonnerie.
« Messieurs, dit le président, je reçois un avis de M. René Cardiette. Il est souffrant, mais ne peut dire où ni comment. Il s’excuse de son absence, mais affirme que son discours ne peut plus être prononcé, étant en désaccord avec ses nouvelles obligations et avec les événements. Ce langage est trop mystérieux, Messieurs, pour que je ne réclame pas toute votre courtoisie. Je vous demande de remettre cette séance et le débat qu’elle comporte, à mardi prochain. Je suis certain que d’ici là tout sera éclairci. Déplorons seulement ces trois jours de retard apportés à une délibération nationale. »
Après l’effarement de la première minute, une rumeur naît et se répand. La rumeur des grandes colères. Quelle révolte va crier ? Et qu’adviendra-t-il des grandes idées destinées au peuple ? Ah si je parlais ! si j’avais la franche simplicité de dire ce que je sais ! Lâche ! Lâche !
— Vous êtes rêveur ? questionne Cobral en riant.