Et il ouvre brutalement la porte de la tribune.

— Taïaut ! Taïaut ! crie-t-il. Demain vous direz : Hallali ! avec moi. Partons.

Derrière nous le nuage crève. Debout, criant, gesticulant, doublant le vacarme avec le claquement de leurs pupitres, les parlementaires ne sont que fureur et indignation. L’orage éclate indescriptiblement.

Taïaut !

Dix-sept heures.

L’heure des crieurs de journaux s’achève rue Montmartre. Ce temps de guerre met le soir au milieu de l’après-midi et les feuilles qui sortaient autrefois avant le dîner courent les rues dès quatre heures, ou même trois.

Nous venons après la dernière volée de cette horde hétéroclite où tous les âges, toutes les détresses, tous les courages s’attellent pour de naïfs bénéfices en distribuant le communiqué.

Le pathétique de ces dernières nouvelles est rigoureusement précis. Le communiqué de quinze heures et de vingt-trois heures remplace par sa brièveté tragique feues les manchettes grossières des procès douteux ou des belles explosions.

Devant l’hôtel de l’Exigeant deux vieilles, très bien dessinées, attendent encore au guichet leur stock quotidien. Elles sont lentes comme des ruines et s’en iront, cahotants, criailler le journal avec une petite voix qui ne fera de peine à personne. Il y a trop de tristesse terrestre maintenant pour que cela fasse de la peine.

Aux fenêtres, nulle lumière. La concierge rêve sur le seuil et se finit les ongles avec une aiguille à tricoter. Tout est calme. Nous avons perdu trois quarts d’heure. Je veux dire que nous avons gagné trois quarts d’heure.