Nanni demande à nous quitter. Il veut se rendre au Black Bar. Il regrette de n’être pas resté au Trocadéro. En tous les cas il n’a rien à faire ici et rien à dire. Cobral lui laisse l’auto qu’il renverra au plus vite.

La flèche blanche reprend sa course.

Cobral ne semble pas le moins du monde pressé. J’aimerais mieux lui voir sa hâte incroyable de tout à l’heure et qu’il fût amèrement déçu, là-haut. Il regarde la façade, curieusement.

— Cette odeur, me dit-il, ce parfum d’encre grasse et de papier qu’il y a autour des grands journaux me plaît énormément. Quand on a vécu dans cette atmosphère, on doit en avoir la nostalgie. Vous y avez vécu ?

Au café, voisin de la grand’porte, j’aperçois, derrière les vitres, Marsy. Paul Marsy est secrétaire de la rédaction à l’Exigeant. S’il a quitté son bureau, il n’y a personne au journal puisque, sévère capitaine, il s’en va de son bord le tout dernier. Cobral ne le connaît pas. Cobral n’ira pas le deviner dans ce café hanté de reporters où il consomme le demi-brune et le sandwich réparateurs.

Cobral a suivi mon regard. Peut-être ai-je tressailli ?

— Qui est ce monsieur ?

Il ne le connaît pas. Je peux répondre à ma guise. Allons donc, innocent, est-ce que Cobral n’a pas deviné ? Si imperceptible qu’ait pu être ce mouvement de plaisir à savoir l’Exigeant vide de son équipage, Cobral l’a perçu.

Puis-je mentir ?

— C’est Marsy, le secrétaire de la rédaction. Mais dites, Cobral, ce n’est pas à lui…