— Diable, ricane-t-il, entrons vite. Vous êtes sûr qu’il ne nous a pas vus ? Il ne faut pas le mêler à nos affaires.
Deux étages d’escalier morne. Escalier de service. Escalier de travail. Ce n’est pas le genre de ces vieux journaux où l’escalier de pierre conduit à des torchères électriques une lourde rampe forgée. On n’a le temps que de travailler ici. Un jour, sans doute, il conviendra de songer au luxe. On y viendra certainement. Ce n’est pas encore le temps d’y songer.
— Pourquoi monter, Cobral ? Nous ne verrons personne. Il n’y a plus personne.
Il monte. Il pousse la porte.
Dans l’antichambre une ampoule électrique clignotte comme une veilleuse. Il est évident que tout est abandonné. Les portes sont unanimement closes.
Cobral ouvre la première venue. C’est une grande salle, avec des tables et des piles de numéros. Sans intérêt.
Une autre porte résiste. Le mot « caisse » est cloué au-dessus. Encore moins d’intérêt.
Une autre. Une autre. Rien.
S’il n’y avait pas cette ombre qui nous entoure comme un brouillard, Cobral verrait mon sourire satisfait. Mais il ne faut pas qu’il le voie. Il faut même que je cesse de sourire ainsi. Vous ne savez donc pas que ce Cobral n’a pas besoin de ses yeux pour voir que je souris et que j’ai du contentement. Ai-je un réel contentement ? Je tremble de le voir triompher une fois de plus. Il triomphera de moi, puisqu’il triomphe de tout.
Je le suis dans son effronté cambriolage. Car il vient pour prendre quelque chose. Quoi ?