Un couloir tout à fait obscur. Nous butons à des marches. Nous montons ou descendons. Je ne peux dire exactement si nous montons ou si nous descendons. Cobral fait à peine de bruit. Il se glisse le long des murs, comme un chat. Sa main qui tâtonne rencontre le bouton d’une porte. Il ouvre. Lumière.
Quelqu’un écrit sous la lampe.
— En voilà une heure pour faire un pèlerinage ? s’écrie Fagan qui se décide à me reconnaître.
— Présentez-moi, dit Cobral.
Fagan est abasourdi. Notre invasion brutale et mystérieuse en même temps peut surprendre. Notez aussi que ce garçon s’absorbait dans quelque littérature. C’était un poète d’avenir que le journalisme a dévoré, mais qui se débat. Et le soir, après neuf heures consacrées à corriger des échos ou à rédiger des notes impersonnelles sur la vie chère, le mouvement antirépublicain en Chine, les bienfaiteurs des mutilés et autres thèmes attendrissants, il se reprend au jeu des pensées et des rythmes à quoi son emploi du temps l’a mal préparé.
— Que puis-je faire pour vous ? demande-t-il avec une bonne humeur excessive. Vous nous apportez de la copie ?
Il relève la mèche énorme qui lui tombait sur le nez et donne un peu de gaîté à son visage candide que le souci a fripé trop tôt.
— Mon bon Fagan, je n’ai pas de goût à la copie aujourd’hui… C’est monsieur qui veut… qui tient…
— Ce ne sera pas commode, grogne Fagan, important… Nous sommes tellement nombreux… Mais je puis en parler au patron… Vous avez des idées ?
— Des idées, s’écrie Cobral, des idées, ah qui aurait des idées, si, moi ?…