Il dit en riant :
— Attendons-la.
Et tous trois, devant la porte, nous causons. C’est une légende terrible que je suis en train de rêver. Ce n’est pas vrai que je me tais devant cet assassin ? Pourtant Fagan est audacieux. Mais quelle issue à cette contrainte ?
— J’ai été présenté à votre directeur, il y a longtemps… dit Cobral, posément… Il m’a paru intelligent et actif et très artiste… J’aime tant que l’on soit artiste… Il m’a plu à cause de cela… un nerveux, mince et gris, avec des yeux froids, des yeux qui veulent… Il est peut-être trop artiste. Pourtant il a sacrifié ses goûts et son dilettantisme à l’avenir de son journal… au moment où je l’ai vu, il hésitait à faire de cette feuille, ancien pamphlet socialiste, le quotidien du théâtre et des mondanités… Il est plus solide aujourd’hui… De vrai les femmes du monde sont infirmières et font la charité, ce n’est pas s’éloigner d’elles que se consacrer aux besoins matériels de Paris et de tous ceux atteints par la guerre… vous êtes de mon avis, naturellement ?
Fagan, pâle et méprisant, ne regarde pas Cobral. Mais il me regarde moi, avec une intensité qui me gêne. Je fuis ce regard. Il doit être un reproche. Il ne sait pas. Il ne sait pas. Et il reproche. Si vous saviez, Fagan !
— Enfin ! clame Cobral.
C’est l’auto blanche.
Il nous fait monter, s’assied à côté de Fagan et me laisse prendre le strapontin.
— File, Harry, où tu dois aller et passe rue Cambon au Black Bar.
Et vers moi :