— Je vous y rejoindrai quand M. Fagan sera en sûreté jusqu’à demain.

L’auto vole sur le pavé.

La Bourse, l’Opéra, la rue de la Paix. Tout est calme. L’or danse et chante dans la lumière folle des étalages.

Fagan me regarde. Que veut-il ? Je fuirai ces yeux. Je fuis ces yeux suppliants. Assez de cauchemars dans ma tête. Je ne veux pas ajouter ce regard épouvantable qui implore. Ou qui condamne !

Cobral fait celui qui est content d’aller en promenade. Il est invraisemblable. Il faut le tuer. Oh, ma rage…

Pourquoi Fagan m’appelle-t-il ainsi ? Je ne peux plus éviter son regard ! Je vois ses yeux maintenant, ses yeux qui sont effrayants à voir. Il me juge. Il m’égale à Cobral. Quelle haine me vient de ces yeux ! Comprend-il ? Je veux qu’il comprenne ma conduite. Le tréfonds de ma pensée doit lui apparaître.

Ah, c’est la sienne qui m’apparaît. Fagan, Fagan, vous savez que je ne suis pas un assassin. Vous voyez que je subis la même contrainte que vous. Je ne peux m’en évader. Vous le voyez. Vous voyez le drame. Vous voyez mon innocence. Que dites-vous encore, Fagan ? Que demandez-vous ? Votre sort m’est inconnu, mais il n’y aura pas de crime. L’homme qui n’a pas tué ce matin ne tuera personne. Ne craignez pas. S’il a dit que vous seriez libre demain il n’a pas menti. Vous serez libre. Que dites-vous ? Oh ce cri de votre âme. Que criez-vous, Fagan ?


J’entends ! j’entends ! Le journal, l’édition, le scandale, l’émeute. Oui, j’entends. Je vous dis que j’entends, vous voyez bien que j’entends. Il faut empêcher cela ? Comment ? Cela n’est pas possible. Eh bien, si, si. J’ai donné mon silence à Cobral. Mais je sauverai Paris. Je sauverai. Je trouverai. Je vais trouver. Entendez-moi, Fagan, la chose monstrueuse n’aura pas lieu. Courage ! Courage ! Victoire !

Il comprend tout ce qui se passe en moi. Il croit. Il a confiance. La flamme de ses yeux s’éteint. Il baisse les paupières. Il est à bout de forces. Mais il est heureux puisque j’ai promis. Ah ! il sait bien que j’ai promis.