Qu’il aille où bon lui semble ! Une demi-heure ? Eh ! dans une demi-heure, le numéro de l’Exigeant sortira des presses pour courir la rue. J’ai dix minutes à moi. J’ai quinze minutes au plus pour agir. Et je me répète ce mot « agir », qui me paraît le plus comique de la langue française. Celui qui ne sert à rien.
Agir ? Agir ?
Quoi ?
Nanni frappe la table où sursautent les tasses pleines d’eau blonde :
— Est-ce que ce sacré papier que lui a fourré Cobral aurait valu des ennuis à l’enfant ? Je ne l’avais pas lu. Je ne l’ai pas écouté. Que disait-il, ce papier ?
Je pouffe. C’est nerveux.
— Pauvre homme, ce papier travaillait pour vous, d’après ce que j’ai entendu.
— Pour moi ? Pour moi ?
— On y parlait de la paix.
Et je ris. Ça me fait mal de rire sans gaîté. Je ne rirai plus jamais. Cette minute de fou rire me donnera la haine de toute gaîté feinte ou involontaire.