— Mon ami. Bon. Qui ? Cobral ? Soit. Il est mon ami. Et Sainte ne l’est pas. Enfin nous n’avons pas le droit de l’engager sur une route dont elle ignore le terme. Je vous jure que je suis anxieux. Je suis aussi anxieux qu’on puisse être. Je ne vis plus.
— Patientez, Nanni. Elle devait rester auprès de Mme de Hocques. Elle se sera attardée. Parlons de Cobral.
— Elle ne peut s’attarder. C’est elle qui a voulu venir ici. Elle veut me parler. Elle a voulu. Je m’abandonne à elle. Voyez dans quelle fièvre je suis. Je vais la voir, je vais lui parler. Tout à l’heure, au Trocadéro, je l’ai approchée, mais je me suis contraint. Je ne pouvais parler tant l’amour se débattait en moi. Je n’ai rien dit. Je serais parti pour toujours. Mais elle veut que je parle. Elle veut que je la voie. Et je n’ai plus de calme. Vous souvenez-vous que ce matin j’étais maître de moi ? Ah, c’est angoissant d’aimer.
— Cobral va venir. Il n’aimera peut-être pas vos épanchements.
— Pourquoi parlez-vous tout le temps de Cobral ? Qui songe à Cobral ? Qu’il soit là ou qu’il n’y soit pas, c’est tout un pour moi. Je préfère qu’il n’y soit pas. Il me déplaît. Pardon, je veux qu’il vienne et qu’il sache que je suis en grande colère.
— Il a agi contre vos souhaits ? C’est votre ami pourtant. Je croyais que vous agissiez en pleine entente.
— Certainement. Mais je ne peux parler de quoi que ce soit tant que je ne serai pas rassuré. Vous n’imaginez pas quelle torture est l’ignorance des faits.
— Vous saviez qu’elle disait publiquement des pages destinées à causer une impression violente ! Si je l’avais su, je n’aurais pas laissé faire.
— Vous avez raison. Avec ces êtres-là on ne sait jamais où l’on va. Ils commandent quand on croit qu’ils obéissent. Ils s’en vont à la seule minute précieuse où leur collaboration est nécessaire. Je ne peux le chasser, que voulez-vous ?
— Vous le connaissez bien ?