— Vous servez une idée. Cobral en sert une autre. Plutôt Cobral sert quelqu’un.

— Je veux la paix. Lui aussi.

— Pas de la même manière. Pas pour les mêmes causes. Je vous affirme, Nanni, que Cobral n’est pas d’un pays allié et qu’il sème ses paroles comme on sème des bombes ou des signaux.

— Cela n’est pas vrai. Qui vous l’a dit ? Je ne connais pas Cobral. Et vous ne pouvez pas le connaître mieux que moi.

— Nanni, ce n’est pas vous qui êtes en danger : c’est la France. Je suis, moi, entraîné à votre suite dans une tentative chimérique et peut-être sublime. Je vous admire à travers mon épouvante. Vous êtes une figure ressuscitée, vous êtes un être double et unique qui va, de son coup d’aile prodigieux, tenter la fortune qu’il a violée jadis et soumise rudement.

— Vous rêvez ? Pourquoi ce lyrisme ? Mais vous dites la vérité, la grave et la simple vérité. Cette audace vous plaît. Je m’en doutais : je l’ai dit à Cobral.

— Vous irez en Allemagne cette nuit et vous avez résolu d’anéantir un repaire que vous avez découvert. Cela peut aider à la conclusion de ces luttes sanglantes. Cela peut nous approcher de la paix.

— Oui, c’est le rêve, le rêve de l’aigle et de l’envol, mais il aurait fallu que je ne revoie pas Sainte avant ce départ. Elle me trouble et je pense à elle autant qu’à ma destinée.

— Vous ne voyez pas, Nanni, que Cobral agit contre vous ?

— Allons donc, il a dit qu’il se mettait à mes ordres ! Il a la même hantise de bonheur humain. Et dans l’événement d’aujourd’hui il s’est chargé de tout ce qui pourrait contribuer à m’aider. Il voulait préparer les esprits. Il m’a dit avoir écrit quelques articles et aussi la prose que Sainte a lue au Trocadéro. Mais je crains qu’il n’ait été imprudent. C’est un imprudent, ce Cobral. Il faut mettre des imprudences au service de ma cause. C’est celle du monde entier.