Elle est toute dans ses yeux qui brillent d’un éclat nouveau…

— Nanni ! crie-t-elle.

C’est un hymne, ce cri.

Elle lui tend les bras. Il lui prend les mains. Je m’éloigne. J’essaierai de penser à quelque chose pendant qu’ils parleront. Pouvoir penser à quelque chose qui ne bouge pas. Et penser à une seule chose…

Nanni et Sainte ne parlent pas. Ils s’aiment à pleins yeux. Je suis sûr qu’ils se voient pour la première fois de leur vie. C’est peut-être leur premier bonheur. Ou le dernier.

Ils sont trop beaux ! Je ne penserai pas à eux, c’est dit. Je ne penserai à rien. Ah ! ce n’est pas faisable, et Cobral me hante. Il a joué de moi avec autorité. Il m’a mis dans l’impossibilité de parler et de le dénoncer. Pourtant cet individu malfaisant doit être arrêté, condamné, tué. C’est grave de tuer un homme. Je le tuerais s’il ne s’était pas confié à moi. Je l’ai presque trahi en faisant échouer sa dernière manœuvre, mais ne pas parler eut été trahir la patrie. Et, s’il reste libre, il exécutera le reste de ses crimes. Je ne me ferai pas son complice. Il m’a obligé à je ne sais quelle réserve, mais puis-je m’y tenir quand il faut sauver mes frères ?

Il médite quelque sinistre. Peut-être va-t-il entraver la folle équipée de Nanni, ce soir ? Que fera-t-il pour cela ? N’a-t-il pas commencé l’ignoble forfait dont je ne devine que l’intention ?

Nanni et Sainte ne parlent pas.

Sainte baisse un peu le front. Je vois mieux son cou. Il est élégant, mais si fragile qu’on a de la pitié. Nanni l’enveloppe de son regard. Et je crois que le regard de Nanni n’est pas tout à elle. Comme ces lampes dont les rayons dépassent une statue et font son ombre immense sur le sol, les yeux de Nanni sont très haut et très loin, mais Sainte est emportée par l’imagination du visionnaire. Elle fait corps avec sa vision. Il lève un peu la tête, lui, comme s’il avait peur qu’elle tienne trop de place dans son horizon.

Je me jette au travers de leur extase craintive.