Et je vois, descendant à sa suite, le tressaillement confortable du rire secouer ses épaules.
Pourtant sur le trottoir je l’entends murmurer amèrement :
— Ce serait imbécile que ce journal ne paraisse pas.
Il hésite à marcher. Il dit, très bas, pour lui seul :
— Personne au monde n’est capable d’avoir contredit mes ordres. Alors ? Alors ?
Je lui dis :
— Téléphonez.
Il hausse les épaules. C’est : non. Si je ne lui avais pas donné ce conseil, il téléphonerait. Cela va l’empêcher de m’ôter sa confiance. Bravo, je deviens subtil. Mais je n’aime pas faire le policier.
— A table ! A table ! dit-il avec un gros rire de cloche fêlée.
Nous traversons la rue où tous les réverbères sont éteints. Les autos avancent lentement et font gronder leurs trompes à chaque tour de roues. Si je poussais Cobral sous une de ces autos ? Qui le saurait ? C’est bien facile.